Capitale

Dans la pénombre d'une rue de Boulogne-Billancourt, je marche d'un pas précipité. J'ai le casque vissé aux oreilles et j'écoute les philosophes du ballon rond s'égosiller sur le match que je viens de quitter. PSG | Lyon, un classique - mais pas le classico - dans le bouillant Parc des Princes. Le bus arrive, bondé. Ce n'est que du foot mais le peuple parisien a le sourire. Son équipe vient de battre l'OL de Jean-Michel Aulas. Cet OL, si fier et puissant depuis une décennie. Cette victoire s'ajoute a la petite gifle infligée (0 - 3), une semaine auparavant, au leader Montpellier. Deux matchs, 6 points sur 6. Paris seul leader de L1 avec 3 points d'avance. Chaque journée apporte son lot de "record". Record des matchs sans défaites, record de séries de victoires...

Le Qatar et Leonardo sont bénis des Dieux. Même Gomis, l'actuel tueur des surfaces, a manqué l'immanquable a quelques (centi)mètres du but gardé par Salvatore Sirigu. Il plane sur le Parc ce petit rien qui fait tout. Oh le Paris Saint-Germain n'est pas un bateau insubmersible. Il tangue, souvent. Au milieu et derrière, ce n'est pas la garantie tout risques mais le 4 de devant possèdent l'étincelle. Cela ne gagnera pas tout le temps, sans nul doute. Les rigueurs de l'hiver et ses terrains bosselés, les blessures aléatoires ou les méformes auront probablement les moyens d'affaiblir cette équipe. Mais aujourd'hui elle est devant.

Tout était pourtant en place pour se vautrer et provoquer la risée d'une France du football qui n'attendait que cela. La pression énorme de la presse sur Kombouaré- en début d'exercice, la valse des noms pour le remplacer. Puis la guerre des égos montée en épingle, images à l’appui. Puis la pression sur le gamin argentin qui pèse en millions quasiment deux fois son âge. Rien n'y fait. Ça tourne. Que le destin nous en préserve.

Ici où là, il y aura toujours des frustrés. Quelque part dans le Sud de la France, cette nouvelle réussite gêne. L'on tourne en complot politico-sportif la prise en main du PSG par des fonds étrangers. L'on raille la perte d'identité en omettant de préciser, au passage, que l'OM n'est plus que le joujou d'une princesse milliardaire Russe. Ils n'en sont pas tous a ce point, heureusement. Les intervenants de ce blog, par exemple, sont bien plus malins.

Plus au Nord, les frustrés brandissent le boycott comme leitmotiv. Eux, que l'on appelle injustement "les historiques" sont en réalité bien trop jeunes pour se revendiquer comme tels. Eux, qui ne respectent que l'identité de leurs tribunes et ne respectent que leurs alter-égaux. Eux, qui ont quitté le stade et qui chouinent leurs libertés perdues. Ils brandissent des discours préconçus, insultent quiconque ne tire pas dans le même sens qu'eux. Paris c'est nous, disent-ils. Foutaise. Paris est Paris, était Paris avant ta naissance et demeurera Paris a ta mort.

Brève parenthèse ou profonde révolution, seul l'avenir nous dira de quel tonneau est ce nouveau PSG. En attendant, le football est de retour Porte de Saint-Cloud. Qu'importe si il y a désormais une mascotte qui s'agite sur le rectangle vert avant le coup d'envoi. Qu'importe si les tribunes sont garnies d'un public attiré par les paillettes du PSG qatarie et qui disparaitront aux premières soirées hivernales. Je suis là, impatient d'en découdre avec le co-leader Lyonnais. Je scrute la compo', décrypte l'entraînement. Un long coup de sifflet fend le silence de cette nuit d'Octobre. Coup d'envoi. Du jeu, des passes, du plaisir, en somme. A quoi sert le football a part donner du plaisir ? Pastore. Jallet. Auteuil répond à Boulogne sur le Paris est magique. Cela fait si longtemps...

Mon voisin d'un soir, supporter lyonnais, se tourne vers moi au coup de sifflet final. Nous nous serrons la main. Il me regarde et me dit dans un sourire crispé : "vous avez changé bien changé..."

S'il existe quelque part un Dieu du football... faites que cette période ne finisse jamais.

7 commentaires:

FalconHill a dit…

"on gêne". Je connais au moins20 clubs de Ligue 1 qui ont supporters et dirigeants qui se fourvoient dans cette paranoïa ridicule.

Apres, rien de plus a dire sur ton billet...

Seb - CaRéagit a dit…

Je ne dis pas que l'on gêne ! Je dis que certains (regarde @olympioscope sur twitter) sont ridicules.

Sinon, bon anniversaire quand même !

Homer a dit…

"Le Qatar et Leonardo sont bénis des Dieux"
C'est un peu trop, là ;-) Tout club avec des moyens financiers aussi vastes à ce qu'il faut pour réussir.L'exploit, c'est que la mayonnaise ait pris ! Et c'est vrai, Paris est une belle équipe, cette année !

FalconHill a dit…

Seb, tu penses pas que certaines réactions de franches paranoias ne sont pas plus ridicules ?

Profite. Vous passez un bon moment. Moi aussi, qui aime le foot, je me régale en voyant jouer Paris. Profite.
Et arrête de te prendre le chou avec un comportement de paranoia. Etre humble dans la victoire, et garder un peu la tête froide, c'est bien aussi.

Si tu commences à être malade en Octobre quand ça se passe bien, ben bordel t'as pas fini (et nous non plus)

Florent a dit…

"En attendant, le football est de retour Porte de Saint-Cloud."
Yep, c'est bien ça le plus important.
Chouette billet.

jeux de cuisine a dit…

Chouette billet, merci ! :)

Martine a dit…

Un article très intéressant, comme toujours ;)