Je préfère plutôt vous parler de deux déclarations livrées par le sélectionneur hier matin, dans Téléfoot. De quoi révéler deux traits de caractère qui expliquent bien pourquoi Domenech est si impopulaire — y compris au sein du monde du foot, jusqu'auprès de ses propres joueurs.
1. Le cas Landreau
En apprenant sa sélection dans la liste des 30, Michaël Landreau expliquait qu'il avait beau être très heureux de retrouver l'équipe de France, le traumatisme de l'Euro 2008, dont il avait été écarté à la dernière minute, était encore présent dans son esprit : "Être encore le quatrième ? Ce serait terrible de revivre ça".
Pas de risque, a priori : on se dit que Raymond Domenech n'osera pas refaire le coup à son ancien capitaine espoirs une deuxième fois en deux ans. D'ailleurs, dans Téléfoot, il rassure le gardien lillois : l'expérience de Landreau, son passé en bleu, "C'est dans la balance. C'est un plus, justement. Mon choix est fait. Il est fait pour tout le monde".
Pourtant, 24 heures plus tard, c'est le nom de Carrasso qui s'affiche sur le site de la fédé.
Aucun des trois gardiens ayant participé aux éliminatoires (Lloris, Mandanda, Carrasso) ne couvait la moindre blessure. Pourquoi alors sélectionner Landreau en supplément si c'est pour l'humilier une seconde fois dans la semaine qui suit ? Et surtout, si le choix était déjà fait dimanche matin, pourquoi en remettre une couche sur l'expérience de ce pauvre Landreau ?
Soit Raymond Domenech est d'une cruauté infinie, soit il se fout royalement du bien-être psychologique d'un garçon avec qui il a travaillé pendant pratiquement dix ans. Soit les deux.
D'une façon générale, quitte à sélectionner 30 joueurs au lieu de 23 (puisque, si on a bien compris, c'était obligatoire*), comment peut-on en écarter six en une semaine sans même avoir fait ne serait-ce qu'un entraînement de groupe ? Quel est l'intérêt, en dehors du plaisir de jouer avec les nerfs des joueurs ?
2. Le commentaire sur Laurent Blanc
Toujours dans Téléfoot, Raymond Domenech a réagi à l'annonce de la "quasi-nomination" de Laurent Blanc pour lui succéder (encore que là non plus, on n'a pas tout compris — la
Je ne suis pas juge, ce n'est pas moi qui décide. Il a prouvé qu'il était capable de gérer une équipe. La sélection c'est un autre métier. Rapidement, il faudra qu'il soit prêt parce que la qualification (pour l'Euro 2012) se jouera dès septembre. Il faudra être présent mais je n'ai pas mon mot à dire. Moi, mon truc c'est le 11 juin.Je ne connais rien des rapports entre Laurent Blanc et Raymond Domenech. Mais pourquoi, sur un sujet aussi "bateau", autant d'arrogance ? Pourquoi cette amertume ?
"Je ne suis pas juge", mais je me permets tout de même de constater "qu'il était capable de gérer une équipe". Que Domenech se rassure : s'il restait à démontrer que Laurent Blanc possède les compétences élémentaires pour exercer le métier d'entraîneur, ce n'est pas à lui qu'on en demanderait confirmation !
Et l'amertume : "La sélection, c'est un autre métier." Sous-entendu : OK, t'es un bon entraîneur, mais tant que je suis en place, la sélection c'est ma chasse gardée. Pour quelqu'un qui n'a "pas son mot à dire", le sélectionneur national envoie pas mal de piques !
Et en fin de citation, l'égo surdimensionné qui revient inexorablement à la surface : "Moi, mon truc c'est le 11 juin". Raymond Domenech est incapable d'aligner quatre phrases sans parler de lui.
On pourrait considérer que les deux exemples que je viens de citer — Landreau et Blanc — relèvent de la communication ; c'est devenu un cliché : Domenech n'est pas un mauvais mec, simplement un mauvais communiquant. Mais c'est faux.
Il n'aurait pas été si difficile, même pour le plus mauvais des communiquants, de ne sélectionner que trois gardiens parmi les 30 joueurs de la semaine dernière — ou d'éviter cette déclaration cruelle sur Landreau, sachant pertinemment qu'il ne figurera pas sur la liste finale. Il aurait été encore plus facile, pour répondre à une question sur Blanc, de faire dans la formule de circonstance la plus convenue : féliciter son successeur, lui souhaiter bon courage, et (rêvons un peu) promettre de tout faire pour lui confier une équipe couronnée de succès.
Mais dans les deux cas, il aurait fallu que Raymond Domenech fasse preuve d'une qualité dont certaines personnes, qu'on qualifie d'égotistes, manquent cruellement : l'empathie.
* Encore que certaines équipes, comme le Brésil, ont directement présenté une liste de 23 noms...

