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L'amoureux de Benzema

Christian Jeanpierre n'aime pas spécialement le foot, non non. Christian Jeanpierre est amoureux de Benzema, et par défaut, du foot. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder un match du Real Madrid qu'il commente. Si Benzema n'est pas sur le terrain, le match lui parait ennuyeux, il se lasse et observe sans cesse le banc de touche. Il place régulièrement son petit pic: « si Benzema était là, il aurait repris ce ballon » « A votre avis, Jean Michel, Bixente ou Arsène – rayez la mention inutile – verra t-on l'entrée de Karim Benzema en deuxième mi-temps? » ou le fameux « Ah! Je vois Benzema qui s'échauffe! » - excitation perverse - « L'entrée de Benzema amènerai du sang neuf »...

Inutile de parler des situations où l'international Français est sur le terrain: aux yeux du bon Christian, tout ce qu'il touche se transforme en or. Il n'est jamais mauvais, juste hors de forme. Il l'encense à un point que même à la 89ème minute, il prie pour voir son idole pénétrer sur le terrain. Et il gave le téléspectateur de ses commentaires enthousiastes, lui qui aspire à regarder un match en s'imprégnant de l'ambiance des chants de supporters. A en faire oublier que le football se pratique à 11. D'autant que Benzemou n'est pas non plus un immense footballeur. A mes yeux, il est un excellent attaquant dont la fierté personnelle ferait jalouser Aulas lui-même, et rien de plus. Benzema n'a rien de commun avec la légende Zidane, si ce n'est un Z quelquepart dans son nom.


Alors vous me direz que Benzema a quand même mis un doublé hier soir, lors de la victoire de son équipe contre Malaga 7-0. Mais pour avoir vu le match et les buts, je peux vous dire que même Arles Avignon se serait défendu contre Malaga: absence TOTALE de marquage, laisser-aller, résignation... forcément, ça tourne vite à la démonstration face au Real. Aucune gloire à en tirer. Sauf aux yeux de son fan n°1, qui ne jure que par Benzema et les Galactiques: l'homme aux trois prénoms, Christian Jeanpierre.

source image 1 et image 2

Créations médiatico-médiatiques

Dimanche soir, posé dans mon sofa, une bière à la main j'ai, comme tout bon supporter qui se respecte, regardé "Le Canal Football Club". Et, comme chaque année à la même époque, je me suis énervé devant le cruel manque d'originalité des journalistes de la, pourtant spécialiste, chaîne cryptée. La crise au PSG et bla bla bla et l'automne du PSG et bla bla bla. Le PSG, on l'adore où on le déteste, c'est donc vendeur... En tout cas bien plus qu'un reportage sur le soleil à Nancy ou l'arrivée de l'hiver à Auxerre... Bref. J'ai voulu en faire un billet mais "Les cahiers du football" en ont pondu un qui vaut le coup d'oeil. Aussi, en bon fainéant, je le poste tel quel.

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En moins de quatre minutes, le "Buzz" du Canal Football Club enfile les clichés comme un ministre de la Culture les erreurs de communication.
Nous devons présenter nos excuses à Canal Football Club et à ses responsables éditoriaux. En critiquant la séquence "Le Buzz" dans un article récent, il nous avait bêtement échappé qu'elle constituait littéralement un cas d'école, un exercice destiné aux écoles de journalisme, grâce auquel les élèves apprendront tous les travers que leur futur métier requiert. L'épisode de dimanche 18 octobre l'a bien montré, avec une accumulation forcément délibérée de ces bricolages intellectuels et de ces pensées pré-pensées auxquels les apprentis journalistes doivent se former. Trois minutes trente de pure démonstration, une leçon en sept points.

1. Choisir un sujet éculé et faire semblant de le mettre en question:

"Paris SG, inéluctable crise d'automne?"

2. Commencer avec une entrée dramatique sur fond de musique angoissante, en additionnant les poireaux et les carottes dans un style de rédaction de troisième:

"Sur le Camp des Loges cette semaine, les premiers froids d'octobre. Hoarau à l'écart, Erding au ralenti, signe d'une attaque décimée. Peguy Luyindula au sol, terrassé par un jeune coéquipier aussitôt viré de l'entraînement. Tout cela n'a rien de très rassurant. Au-dessus de ce club, qui passe si vite d'un excès à l'autre, du blanc au noir, planerait-il une vieille habituée des lieux? [crescendo dramatique de la bande-son] La crise d'automne" (1).

3. Interroger des personnes qui sont parties prenantes du problème, afin d'être sûr de ne pas avoir de recul.

Les laisser avouer qu'ils parlent d'un phénomène qui est largement une vue de l'esprit: • Jérôme Touboul (L'Équipe) : "C'est pas un phénomène scientifique qui fait qu'on peut être certain chaque année que le PSG sera en crise pendant l'automne. Mais bon, ça s'est produit suffisamment de fois ces quinze dernières années pour qu'on y voie parfois un peu un clin d'œil de l'histoire".

4. Passer du coq à l'âne et d'un marronnier à l'autre en embrayant sur les "tentations" parisiennes qui dévoieraient les joueurs.

"Et si la crise venait de l'air de Paris, qui peut transformer n'importe quel joueur, même le plus sage [image de Ronaldinho]?" L'expert digresse. Jérôme Touboul: "Pour peu qu'il y ait un bon début de saison, par exemple, il est courant que les joueurs prennent la grosse tête".

5. Passer de l'âne à la chèvre et du deuxième marronnier au troisième en embrayant sur la "pression" parisienne qui dévorerait les joueurs.

"Autre explication, la pression des supporters, des médias. Malgré les blessures, inévitables après deux mois de championnat [images de banderoles et de graffitis], les Parisiens n'ont pas de droit à l'erreur".En gage de crédibilité, l'expert sera placé sur fond de pelouse.

6. Interroger des personnes qui sont parties prenantes du problème, afin d'être sûr de ne pas avoir de recul. Les laisser avouer qu'ils parlent d'un phénomène qui est largement une création de leur esprit:

Arnaud Hermant (Le Parisien) : "Au Paris Saint-Germain, il y a souvent un problème de temps. On tente des projets mais on laisse pas mûrir [image de Charles Biétry]. Les médias sont tout de suite, et nous les premiers, en émoi. On s'interroge, on dit 'Ouh là là qu'est-ce qui se passe, est-ce qu'il ne va pas y avoir quelque chose?' et voilà"

7. Revenir sur la lubie de départ pour faire croire qu'on ne parle que de ça depuis le début, en insistant bien afin de l'aider un peu à se produire.


"Ils en sont loin, c'est vrai. Mais échapperont-ils au syndrome? Depuis ce match contre Lille fin août, les Parisiens n'ont plus gagné. Trois nuls, une défaite à Monaco [image de Grégory Coupet]. Même si le club paraît plus stable que par le passé, méfiance".

"Et voilà", comme dit l'autre. On ne sait toujours pas si le PSG est plus sujet que d'autres clubs à un creux dans ses résultats automnaux (pour savoir cela, il faudrait se fader des statistiques et risquer de parvenir à une vérité décevante), ou bien s'il est juste meilleur sujet que d'autres clubs pour des journalistes ne reculant devant aucune porte ouverte et n'hésitant pas à traiter d'un phénomène avant même qu'il se produise.