Billet rédigé par Jean-Charles Santi
Suite à un premier match maîtrisé de bout en bout mais perdu du fait d’un manque de tranchant
conjugué à une insolente réussite des Suisses, L’Espagne se doit de réagir face au modeste Honduras.
D’autant qu’avant eux, plus tôt dans la journée, les Chiliens étaient venus à bout des mêmes Suisses 1-0 et totalisent déjà 6 points, leur permettant de rêver à une première place que personne ne les aurait vus conquérir.
La question avant ce match n’était donc pas de savoir si l’Espagne allait l’emporter, même si personne n’est à l’abri d’une surprise, mais de savoir si Del Bosque allait retenir les leçons de la confrontation avec la Suisse qui avait vu l’Espagne jouer à un rythme étonnamment lent du fait d’un milieu de terrain hypertrophié. La leçon a semble-t-il été retenue avec les évictions du 11 de départ d’Iniesta mais également de Silva au profit de Torres et Navas, ce dernier m’ayant déjà séduit lors de son entrée en jeu au cours de la première journée.
Quant au Honduras, on ne peut s’empêcher de penser à son potentiel rôle de victime expiatoire des trois autres équipes de ce groupe H : ces dernières pourraient en effet totaliser 6 points chacunes à l’issue de la phase poule.
Le gros plan
Le changement de deux joueurs au sein du 11 de départ Espagnol a donné lieu à une interprétation fantaisiste du schéma de jeu de la Roja de la part de la réalisation du diffuseur, qui a cru que Xavi serait positionné derrière les attaquants et que Navas serait un “simple” milieu droit. C’est bien évidemment à un très ibérique 4-3-3 qu’il fallait s’attendre, avec une triplette Busquets-Xabi-Xavi au milieu. La même que face à la Suisse direz vous ? Certes, mais les absences d’Iniesta et dans une moindre mesure de Silva garantissent que seuls ces trois-là tiendront le coeur du jeu. On retrouve donc Villa en position de “second striker”, à la gauche de Torres, ainsi que Navas dans un rôle d’aillier droit (son poste naturel) capable tout autant de flirter avec la ligne de touche que de repiquer si besoin est.
La première période est absolument à sens unique. La possession y a peut-être dépassé les 75% (je n’ai pas cherché la statistique mais le chiffre exact importe peu) et le Honduras n’a donc absolument pas vu le ballon. Même match que face à la Suisse dire vous ? Encore une fois, non. Au bout de dix minutes de jeu on comptabilisait déjà plusieurs occasions très franches, comme une transversale trouvée par un Villa très remuant dans une position de tir en déséquilibre. Plus important encore, il a suffit d’attendre la 14ème minute de jeu pour voir l’ouverture du score arriver par Villa, encore lui, suite à un exploit individuel et une frappe en déséquilibre (encore !) réalisée en taclant littéralement le ballon qui achèvera sa course en lucarne. On rappellera que face à la Suisse, les Espagnols n’avaient toujours pas tiré au but après un quart d’heure de jeu...
La seconde période ne permet pas d’apporter plus de commentaires sur la performance des deux équipes. Signalons qu’elle a été le théâtre d’un second but Espagnol, suite à une contre attaque bien menée par Xavi malgré ce qu’à pu dire Xavier Gravelaine, qui s’est parfaitement décrédibilisé juste avant la frappe (et donc le but) de Villa en affirmant que les appels n’étaient pas bons... Nous avons également pu assister à un raté de… Villa sur un penalty provoqué par... Navas ; Villa qui rate là une belle occasion de rejoindre Gonzalo Higuain, seul auteur d’un triplé pour l’heure dans ce Mondial et meilleur buteur de la compétition.
C’est donc à un match aux caractéristiques diamétralement opposées à celles de la rencontre face à la Suisse auquel nous avons assisté, possession de balle exceptée. En effet, même la zone de jeu a changé et s’est tenue côté opposé face aux Honduriens, les ballons de Xavi et Xabi étant principalement adressés à l’ailier droit Jesus Navas, très sollicité et très remuant tout au long de la rencontre. Cette tendance à privilégier ce flanc droit de l’attaque a d’ailleurs permis, grâce à un jeu vertical plus assuré et plus tranchant que face à la Suisse, de complètement déstabiliser le côté gauche de la défense Hondurienne et de créer d’énormes trous... côté droit, permettant à Villa de s’y engouffrer selon son bon vouloir.
Les acteurs clés
Côté espagnol, David Villa a cristallisé toutes les attentions mais pas que pour les bonnes raisons.
Remuant, insaisissable, génial, il aurait pu marquer quatre ou cinq buts ce soir s’il n’avait pas manqué de concentration sur son penalty et si une barre transversale ne s’était pas trouvée sûr le passage du Jabulani. Mais il faut préciser que le garçon peut aller au devant de quelques soucis si la FIFA décide de juger les images du match à postériori. Le corps arbitral n’a en effet pas vu sa petite gifle infligée à un adversaire. Pas vraiment méchante, certes, mais intolérable malgré tout. Reste son doublé, sublimé par un premier but absolument exceptionnel mais que je n’irais pas jusqu’à qualifier de plus beau but de la compétition (pour le moment) comme certains, notamment en comparaison du chef d’oeuvre de maîtrise technique et collective incarné par la deuxième réalisation des Portugais face à la Corée du Nord.
Jesus Navas de son côté continue de séduire et de convaincre. Volontaire, disponible, vif et intelligent dans ses déplacements, il a parfaitement joué son rôle de poil à gratter, provoquant même un penalty. Quels autres compliments employer pour qualifier ce joueur qui, rappelons-le, a réussi à vaincre les terribles crises d’angoisses qui l’empêchaient de s’éloigner de sa famille Sévillane et donc de participer aux rendez-vous de la Roja ? Et dire qu’avec les concurrences de Silva et Pedro ses performances ne lui garantissent pas forcément une place de titulaire...
Côté points noirs, signalons d’une part la performance de Torres. Lent, lent (lent ?), il a fait penser à un Kaka version 2010 qu’on aurait mis sous morphine. Il s’est malgré tout retrouvé en situation idéale plusieurs fois, notamment sur une tête trop piquée et non cadrée, et à l’occasion d’une bonne position de frappe dans la surface face aux buts, frappe là encore non cadrée (il s’était retrouvé dans une situation étrangement similaire face à la Suisse pour le même résultat...). Son remplacement par Mata en seconde période a donc été d’une logique implacable. Torres n’aura été qu’un leurre de luxe et Villa aurait sans doute aussi bien réussi sans lui et avec un autre joueur plus mobile à ses côtés.
D’autre part, je ne peux m’empêcher de penser à l’énigme Iker Casillas. Ce joueur, déjà légendaire, a réalisé une saison très contrastée avec un Real Madrid qui n’aura certes pas pris beaucoup de buts, mais qui aura été victime des errances de son gardien à quelques occasions. Ce soir, ses relances au pied ont été ridicules au possible et ses sorties parfois... inquiétantes. On en vient à se demander si ce garçon, qui mérite bien évidemment tout le respect dû à un palmarès presque aussi long que la liste des griefs que l’on peut reprocher à l’équipe de France, ne jouit pas d’un statut de “protégé” sans doute facilité par la présence à la tête de la sélection de Del Bosque, son ancien coach à la Maison Blanche. Un Victor Valdes, que l’on a souvent dit maladroit, apparait pourtant depuis bientôt deux ans être une garantie bien plus sérieuse.
Côté Honduras, personne ne s’est réellement distingué. Le gardien n’a pas vraiment pu se mettre en évidence puisque ce sont soit sa barre transversale, soi la maladresse des attaquants adverses qui auront permis à son équipe de ne pas subir une défait bien plus lourde. Signalons toutefois la performance courageuse mais contrastée de l’arrière gauche Izaguirre, livré en pâture aux accélérations de Navas et aux montées de Ramos, qui aura tant bien que mal résisté mais aura finalement provoqué la faute sanctionnée du penalty raté par Villa.
Côté commentaires, signalons la performance de haute volée de Xavier Gravelaine qui n’a semble-t-il toujours pas compris que l’Espagne n’est pas du genre à vouloir centrer pour une tour de contrôle et qu’elle n’a pas vocation à jouer en 4-4-2. Et que si aujourd’hui la finition de certaines phases de jeu laissait à désirer, c’est précisément parce que Torres n’était que la moitié du joueur qu’il est capable d’être...
Et en marge de tout ça, Piqué saignait encore… de la bouche cette fois. Assurément le guerrier de ce début de Mondial !
Le dénouement
Vous l’aurez compris, l’Espagne ne s’impose “que” 2-0. Le score aurait pu être fleuve sans un concours de circonstance ou une intervention divine sur certaines actions. On peut cependant remarquer que la Roja semble encore un peu empruntée et un ton en dessous d’un Portugal “tout feu tout flamme”. Avec pour points d’inquiétude Iker Casillas mais aussi le flanc gauche de la défense, qui aura laissé passer les rares banderilles Honduriennes. Mais Capdevilla peut très bien sauter au profit d’Arbeloa...
Pour autant, le suspense reste entier dans un groupe où c’est le Chili qui est en position de force et où la Suisse sait qu’elle se doit de battre l’équipe la plus faible pour son troisième match. L’Espagne n’a donc aucune garantie de se qualifier et sait qu’elle devra encore hausser son niveau de jeu pour espérer battre son adversaire à priori le plus coriace de cette phase de poules. Del Bosque a déjà apporté de bons changements. Nous verrons s’il osera révolutionner le microcosme du football Espagnol en mettant sur la banc un Casillas fébrile. Je mets également une pièce sur le fait qu’il ne maintiendra pas au milieu et Xavi et Xabi, tant ces deux joueurs ont des profils similaires. Si Iniesta est remis physiquement, je le vois bien faire son retour dans un rôle de milieu plus offensif à la place de l’un des deux joueurs cités précédemment afin d’apporter plus de vitesse, de percussion et de verticalité au jeu de son équipe.
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