Bon. Pas facile d'écrire quelque chose d'objectif et de mesuré sur le match d'hier soir. On peut laisser parler le cœur, comme le Faucon, ou les nerfs, comme Manu. On peut aussi essayer de prendre du recul, comme Seb.
Personnellement, je vais faire ce que je fais quand j'ai du mal à synthétiser ma pensée : livrer quelques remarques en vrac. En espérant conserver une once de rationalité.
1. Il ne faut pas jeter la pierre à Thierry Henry. On peut lui en vouloir d'avoir fait cette double main (car il y a bien eu deux fois contact entre le ballon et sa main), mais tout va tellement vite, sur l'action, que le geste relève de l'instinct de survie. Et je ne connais aucun joueur qui aurait été capable, à cet instant d'un match si important, d'aller voir l'arbitre pour demander l'annulation du but. Enfin, si, peut-être un : Robbie Fowler, l'ancien attaquant de Liverpool, qui avait eu la classe de rater volontairement un pénalty qui lui avait été accordé par erreur. Mais ce n'était pas en match de qualification pour la Coupe du monde.
Alors certes, on aurait pu souhaiter que l'attaquant français fasse preuve d'un peu plus de réserve dans sa célébration du but inscrit par William Gallas. Mais dans ce cas, on doit en revanche mettre à son crédit son attitude au coup de sifflet final, puisqu'il est manifestement allé s'excuser auprès du défenseur central irlandais, Richard Dunne. Contrairement à son sélectionneur, d'ailleurs, qui se répand depuis hier soir d'un bonheur presque inavouable. De Domenech, on n'attendait certes pas les excuses que l'élégance impose en pareil cas ; mais, à tout le moins, le traditionnel hommage aux qualités de l'adversaire. Mais non, le sélectionneur ne pense qu'à "faire la fête". Minuscule, honteux, médiocre.
2. L'Irlande a livré un match admirable. Elle aurait mérité sa qualification, plus que l'équipe de France, parce que si elle était passée et qu'elle avait joué comme ça en Coupe du monde, elle aurait pu aller loin dans cette compétition.
A contrario, si l'équipe de France, qui doit manifestement sa qualification à ce qu'on appellera, au choix, le hasard, ou un coup du sort, ou une erreur d'arbitrage, ou une tricherie, si la France, donc, joue comme ça en Afrique du Sud, on est parti pour une conclusion du type Euro 2008. J'ose à peine imaginer ce que l'Espagne, au hasard, aurait fait de l'équipe opposée à l'Irlande hier soir.
Dès lors, il m'apparaît que loin de "sauver" l'équipe nationale, la double main de Thierry Henry condamne les Bleus à démontrer, lors de la phase finale, que cet épisode scandaleux relève de l'accident. Et le seul moyen d'apporter une telle démonstration, c'est de mieux jouer. C'est le seul moyen de sortir la tête haute de cette histoire. Enfin, si on a le sens de l'honneur, ce qui reste à démontrer au regard tant de ce qui précède que des états d'activité de certains dirigeants de cette équipe.
3. Pour mieux jouer, il faudra changer certaines choses. S'il est bien évident que cette qualification, même dans les conditions que l'on sait, assure la place de Raymond Domenech, elle doit conduire le sélectionneur national à remettre profondément certains choix en question — s'il en est capable, ce qui reste à démontrer.
Tactiquement, d'abord : jouer avec deux milieux défensifs sur la même ligne, évoluant exactement au même poste dans leurs clubs respectifs, est-ce vraiment une bonne idée ? Aucun des deux ne prend part au jeu. En fin de match, l'équipe de France s'est retrouvée avec Florent Malouda, ailier gauche, jouant au poste de meneur de jeu ; Nicolas Anelka, avant-centre, sur l'aile gauche ; et Thierry Henry, avant-gauche, dans l'axe. Conséquence logique : énorme embouteillage dans l'axe, et aucun jeu sur les côtés.
Les hommes ensuite : j'aime beaucoup André-Pierre Gignac, mais un peu de sérieux. Au coup d'envoi ou en tant que remplaçant, Karim Benzema devait jouer un tel match, surtout en l'absence de Frank Ribéry. Il a l'expérience de la Ligue des champions, des titres lyonnais, et même de l'Euro 2008. Gignac, pour sa part, a joué le tour préliminaire de la Ligue des champions et quelques matches en Ligue Europa. Parfois, notamment au plan mental, l'envie ne compense pas le manque d'expérience.
Il y a aussi Cheyrou et Flamini. Ces deux-là sont pratiquement assurés de ne pas aller en Afrique du Sud, alors que ce sont les deux meilleurs relayeurs français à l'heure actuelle. Oui mais voilà : le sélectionneur joue sans relayeur. Le pathétique match nul d'hier soir ne valide absolument pas ce choix. Il est temps de le réaliser.
4. Ma dernière remarque, la plus importante, tient en un mot, qui aurait pu éviter la désillusion irlandaise et le déshonneur français : la vidéo.


5 commentaires:
Ca fait du bien de te lire parler football Rubin. Je valide tous les points. Tous.
Merci, mon Faucon.
Oublie la tactique Rubin, il ne changera jamais son système, il sortira le goal mais ne touchera pas à ses Toulalan-Diarra's.
Sinon je suis d'accord.
Tu parles d'instinct de survie: c'est bien ça. Et, si on veut être positif (puisque tout le monde critique), il faut saluer l'attitude des joueurs français après l'heure de jeu. Le but irlandais a fait très mal et, petit à petit, ils ont relevé la tête. Et, à la fin, les Irlandais étaient carbonisés et les attaques étaient françaises.
Sur le but d'Henry, c'est une énorme erreur d'arbitrage, mais l'arbitre n'avait déjà pas vu le pénalti sur Anelka. Il était sytématiquement à 30 m de l'action et, apparemment, les juges de touches étaient partis boire un café.
Quant à l'équipe, n'oublions pas qu'il manquait le meilleur joueur français, Ribery.
Avec lui en forme, un Gourcuff décomplexé et un Benzema sur le terrain et avec l'apport de joueurs un peu plus créatifs comme Cheyrou, l'aquipe peut ne pas être ridicule. Ca peut faire un quart de finale de coupe du Monde. Au-delà, ne rêvons pas: il y a trop de bourrins dans cette équipe, à commencer par l'entraineur.
@Manuel : c'est probable...
@Éric : ils ont relevé la tête techniquement, mais dans l'engagement ils n'ont jamais relevé le défi. D'accord la question des absents. Quand c'est sur blessure, c'est une chose ; mais quand c'est par choix du sélectionneur...
Au fait, il n'y avait pas pénalty sur Anelka. Ceci dit, ça a pu peser néanmoins.
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